Attention : cet article est fortement déconseillé aux personnes dépressives, et de manière parfaitement discriminatoire, aux fans de Secret Story ou Star Académie, aux danseurs de Tecktonik, aux racailles, aux parleurs de langage SMS, aux admirateurs de la politique américaine, et aux fanatiques religieux. (Je plaisante, je sais qu'il n'y a que des gens bien ici.)
Il y a des jours où je me sens complètement inutile. Cela fait à peine une semaine que les vacances sont terminées, et voilà que ça recommence.
Il faut le reconnaître : mon travail ne m'intéresse pas, je m'ennuie des journées entières. Cette vie dont il faudrait profiter de chaque instant, moi j'essaye de l'oublier. Je ne me sens vivant que lorsque j'arrive à m'extirper de cette prison ouverte, où je suis censé faire acte de présence, un peu comme ces condamnés porteurs d'un bracelet électronique.
Alors bien sûr, nous n'avons pas le droit de nous plaindre. C'est vrai ; nous faisons déjà partie de l'infime pourcentage de la population mondiale qui possède tout le confort et le bien-être dont on pourrait rêver (de luxueuses prisons pour notre esclavage).
J'en suis largement conscient ! Mais sommes-nous plus heureux que ceux qui n'ont rien? Pas si sûr. Le bonheur passe par la liberté, et le libre arbitre. Or, pour subsister ici, nous avons besoin de beaucoup d'argent, et pour obtenir cet argent, nous sommes forcés de travailler. Nous perdons alors notre précieuse liberté. (Etre obligé de passer mes journées derrière ce bureau, j'appelle cela ne pas être libre.)
Et pourtant, je ne parle pas d'un travail physique épuisant. Je mène une vie bien confortable, qui consiste à rester le cul sur une chaise du matin au soir, dans un beau quartier. J'habite dans une jolie ville, un joli appartement, j'ai ma jolie voiture, je gagne convenablement ma vie…
J'ai d'ailleurs commencé par le bas de l'échelle dans la vie active. On peut dire que j'ai fait le grand écart. J'ai réalisé les pires boulots au monde pour toucher le smic, et maintenant, je me la coule douce avec le style de vie d'un cadre.
Pour l'avoir vécu, je peux vous dire que mieux vous êtes payés, et mieux vous serez traités, mieux vous serez considérés, et moins vous en ferez. Les jobs payés au smic sont les pires. Vous bossez comme un dingue, vous n'obtenez aucune considération, et l'on vous traite comme du bétail interchangeable. Je me souviens par exemple d'une société où les toilettes étaient fermées à clef, et où l'on devait la demander au chef pour y aller…
Je savais que je méritais mieux que ça, que moi aussi j'avais le droit de dépasser la barre des 10000 Francs à l'époque, soit 1500 euros, alors que mes connards de chefs étaient de gros fainéants stupides que je méprisais. (Ce qui est toujours vrai d‘ailleurs). J'en faisais trois fois plus qu'eux, pour gagner trois fois moins… Alors j'ai tout fait pour arriver au point où j'en suis aujourd'hui, au prix de nombreux sacrifices, dont je vous passerai les détails.
Pourtant la vie dont je rêvais me fait chier ! Je suis un privilégié insatisfait. Et devinez quoi ? Je rêve d'être encore plus privilégié, en m'offrant un jour le luxe de la liberté. Je ne vois qu'un seul moyen d'y parvenir : ne plus travailler pour un patron. Facile à dire… Moins facile à faire. J'ai une putain de peur de me planter, et de tout perdre. Si d'autres ont réussi, ce doit pourtant être faisable… Il faudrait se lancer… Et merde…
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